lundi 20 mai 2019

LE CHARCUTIER D'ARISTOPHANE

Fustigeant, en 1906, dans une préface donnée à un recueil de vers, les mœurs de son temps, Laurent Tailhade y évoquait le charcutier d'Aristophane, lequel, disait-il, "règne sans conteste, applaudi même par les esprits fins", dans "une démocratie où les places, les honneurs, les succès, vont aux braillards de la place publique". Le manuscrit autographe de la préface montre une rature qui aggravait encore le propos : "règne sans conteste sur les lois". Depuis le Vè siècle avant J.-C., depuis le XXè siècle commençant, les choses ont-elles changé? Ecoutons le dialogue entre le charcutier et le premier serviteur dans la pièce Les Cavaliers :

- Veux-tu me dire comment moi, marchand de boudins, je puis devenir un jour ce qui s'appelle un personnage?
-  Mais c'est justement pour cela que tu vas le devenir; parce que tu n'es qu'un propre à rien. 
[…]
- Mais je ne vois pas comment je serai capable de gouverner le peuple.
-  Rien de plus bête. Ne cesse pas de faire ce que tu fais. Tu n'as qu'à tripatouiller les affaires, les boudiner toutes ensemble, et quant au peuple, pour te le concilier, il suffit que tu lui fasses une agréable petite cuisine de mots. 

Athènes au Vè siècle avant notre ère, Paris au XXIè, c'est tout un.

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