Les correspondances interrompues, rompues, délaissées, inachevées sont des yeux qui se ferment. Max Jacob le savait, qui écrivait, disait-il, vingt lettres par jour. La lecture de ses dernières lettres à plusieurs correspondants le démontre pleinement, bien qu'il tente d'exorciser la pensée de cet abandon, en avril 1943, dans une des dernières lettres à Claude Valence : "S'écrire ou ne pas s'écrire? Aucune importance. Ca n'a d'importance que pour les relations à conserver […] S'écrire ou ne pas s'écrire… bah!... Picasso ne m'écrit jamais. Salmon reste des années sans m'écrire ni Pierre Colle". Mais déjà, en 1924, à René Rimbert : "Vos lettres me sont devenues nécessaires […]. Ecrivez-moi, aidez-moi". Mais la dernière lettre à Armand Salacrou : "Je t'ai prédit un jour que tu me laisserais tomber après ton premier succès; fais-moi mentir"; mais la dernière lettre à Jean Grenier : "Embrassons-nous in excelsis. On dirait que mes lettres ne t'arrivent jamais"; mais la dernière lettre à Edmond Jabès : "Je te remercie de ne pas me condamner et je suis ton ami"; mais la dernière lettre à André Lefèvre : "Nous ne nous voyons plus jamais mais je pense toujours à vous" : toutes ces lettres disent éloquemment une crainte qui semble ne jamais l'avoir quitté.
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