mercredi 20 juillet 2016

PASSE & PRESENT

Afin de me purger l'esprit des caricatures de Gaulois répandues de nos jours à travers la bande dessinée, je suis allé voir Alésia. J'ai arpenté le forum, jadis bruissant de va-et-vient et de paroles, aujourd'hui silencieux. J'ai longé rues et ruelles, le long des boutiques sous les portiques, me suis attardé près du lieu de culte du dieu Ucuetis fondé par les bronziers et forgerons. J'ai jeté un coup d'œil sur les caves où la place des amphores était encore visible, vu le théâtre et la basilique civile. Ville si présente et dont il ne reste rien que des soubassements de pierre, mais si présente dans son dénuement, au moment où les Mandubiens durent la quitter comme autant de bouches inutiles. Sententiis dictis, constituerunt, ut, qui valetudine, aut aetate, inutiles sunt bello, opido excedant. J'avais emporté les Commentaires de César, une édition ancienne publiée à Venise en 1605 apud Pietrum Ricciardum, et relisais dans le livre VII le sort de ces Mandubiens hospitaliers, qui eos opido receperunt, cum liberis, atque uxoribus, exire coguntur [...] flentes, omnibus precibus orabant, ut se, in servitutem receptos, cibo iuuarent. Ville morte vivante, plus vivante d'être morte, où s'était joué le sort d'un peuple et d'un homme, encore habitée par la tristesse de Vercingétorix pris en tenaille entre eruptio et deditio, et dont la statue colossale se dresse toujours à quelques sept cents mètres de là, en proie à quelques absurdes touristes  se faisant photographier à côté du grand homme. Ce contraste entre la noblesse du monde antique et la bêtise actuelle, où des foules se ruent dans des parcs à la recherche d'infantilisantes images virtuelles, n'était nulle part plus sensible qu'à Alésia, in summo colle positum, éternellement seule dans le panorama de la plaine des Laumes, Alexia, qui nisi obsidione expugnari non posse videbatur, où se dresse encore l'ombre des fortifications de César pour le siège.      

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