vendredi 4 octobre 2019

ANARCHISTE ET/OU FABULISTE


William Godwin (1756-1836) n’est pas seulement l’apôtre de la justice politique, le pourfendeur de « la vanité et l’autocomplaisance des législateurs et des hommes d’état », le théoricien de l’anarchisme, le louangeur de la Révolution française, le partisan de l’union libre et le dénonciateur de la cohabitation, le flétrisseur du pouvoir héréditaire et le proclamateur de la « misérable absurdité des titres de noblesse » ; il ne se contente pas non plus d’être un romancier écouté et le père de l’auteur de Frankenstein, qui lui est d’ailleurs dédié. Il est aussi fabuliste, auteur d’ouvrages scolaires, destinés aux « enfants de trois à huit ans », comme ses Fables Ancient and Modern, parues en 1806 et dont le succès ne se démentit point pendant plus de trente ans (la dernière édition est de 1840, posthume). A la fois moyen de subsistance et vocation affirmée, la « Juvenile Library » témoigne de l’intérêt profond de Godwin pour l’enfance et de vues novatrices en la matière. Il ne craint pas d’affirmer, dans la préface des Fables : « If we would benefit a child, we must become in part a child ourselves ». Et l’on sait qu’il éprouvait la force de conviction de ses livres d’enfant sur ses propres filles !
Godwin n’hésita pas à faire complaisamment la propre publicité de ses Fables sous la plume de sa seconde épouse Mary Jane, laquelle traduisit les Drames pour enfants de L.F. Jauffret ; dans une des saynètes, « The Dangers of Gossiping », on voit la gouvernante Mrs. Mildmay se livrer à un éloge appuyé de ce « delightful author » et de son « delightful book » : 
« The peculiar excellence of this author […] is the extraordinary art he possesses of communicating the sources of sentiment and knowledge his lively fancy creates, in a style of affectionate playfulness, that captivates the heart of both the parent and the child ».   

Tout en suivant, mais en élargissant Esope, dont il critique la sécheresse, Godwin ne se fit pas faute d’écrire des fables de son cru, dépourvues souvent de la morale pratique inhérente au genre, mais pourvues d’une réflexion sur l’apprentissage de la sagesse et de l’aptitude à se réformer soi-même. Je donnerai dans un prochain blog, traduite pour la première fois, la fable « The Murderer and the Moon », dont l’argument doit appartenir à Godwin.  

  




                                                       



          

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