Le dernier numéro de la revue Nexus (n° 103, mars-avril 2016) posait la question de savoir si la chasse échappe à la démocratie; ou comment "moins de 2% d'une population parvient à maintenir une pratique que près de la moitié des gens souhaite abolir". A la fin du dix-neuvième siècle, Paul Adam, que je citais récemment, écrivait plus crûment : "La chasse est l'occupation qui nous rapproche le mieux de la brute". C'est là, ajoutait-il, "jouir de sensations chères à l'âge de pierre". Son contemporain Emile Bergerat ne s'exprimait pas autrement : la chasse était pour lui "la bonne bestialité des origines, à se sentir de l'âge de pierre". La finalité n'en est pas douteuse : "le vrai but est le meurtre", "la joie de voir mourir".
Dans les diverses descriptions de l'époque, le chasseur paraît osciller entre sottise et barbarie. "Souvent plus sot que barbare", écrit Paul Adam du "chasseur en plaine, qui croit s'anoblir en se vêtissant de velours à côte et de toile cachou". Et que dire de l'Ouverture de la chasse, avec Laurent Tailhade, "exécutée par un lutrin d'acéphales", et qui "peuple de résonances imbéciles les coteaux et les bois"! La chasse tourne ici au jeu de massacre, mais c'est le massacre du chasseur avant même celui du gibier: "La vénerie au petit pied est à coup sûr un des moyens topiques dont use la classe moyenne pour faire patente son incurable stupidité. Aucun spectacle n'est plus idoine à réjouir les quadrupèdes de tout pelage que l'aspect d'un huissier en tenue de guerre, que le ventre d'un tabellion bedonnant sous son carnier. J'imagine que les oiseaux de divers ordres, échassiers, conirostres, grimpeurs, fissipèdes, gallinacés, rapaces et totipalmes, garés des canardières maladroites, s'esclaffent aux dépens des boutiquiers cynégétiques". Revanche du volatile et motif retourné du chasseur chassé? Mais le barbare n'est jamais loin. Et l'humble chasseur en plaine se met bientôt "du troupeau des assommeurs", vite conquis par "la même volupté de brandir la mort". Si l'on regarde la noblesse et sa chasse à courre, c'est pire encore. "On appelle noble, un passetemps qui vise à faire souffrir des créatures sans défense. C'est en effet, des vieilles occupations héraldiques, ce qui persiste le mieux; et cela juge les époques où les gens de race dominèrent", note encore Paul Adam, en les voyant "se hâter avec frénésie, malgré trente siècles de civilisation, pour voir cinquante chiens dépecer un cerf aux abois".
Afin de contenir ce fléau, Paul Adam proposait d'aggraver les dispositions budgétaires sur la chasse et d'en multiplier l'impôt. Pour les gouvernements, hier comme aujourd'hui, toujours en quête de recettes, il y aurait là, pour une fois, l'occasion de doter d'une moralité la surcharge fiscale.
Je vous remercie pour ce très bel article qui me touche particulièrement. La plume de Paul Adam est décidément très acide, mais d'une grande justesse!
RépondreSupprimerMagnifique article. Merci de soulever ce sujet.
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